vendredi 10 juillet 2015

Carmen, ma Carmen

« O my Carmen, my little Carmen, something, something, those something nights...» Vladimir Nabokov

 à mon tour :
 O Carmen, ma petite Carmen, et nos départs, et les gares, et les bars et tes départs sans crier gare et les cars de police, et les barmen les mains sur tes cuisses lisses !
Les astres qui scintillent et la Nuit qui brasille, et cette pomme carminative entre tes dents de carnassière…
O ma Carmen nos affreuses querelles !
Et la gare de l’Est où je perdais le Nord, t'en souviens-t-il au fond du noir dépôt ?
Tes départs, ces soirs noirs, les bars, les barmen…

O ma Carmen, et la Nuit et les étoiles
Et notre dernière querelle
Dans ce fond pâle de la Nuit
L'étoile rouge sur ton front
Et le plomb dans ta cervelle
Et l’automatique dans ma main.

Interpol : Je devins un scélérat fabuleux. Très recherché.
 Départ en train d'enfer, tête vide et poches pleines sous les yeux.
 Sans valise et sans viatique. Pas même l'araignée ordonnatrice des choses virtuelles !
 La planque, sans air sans eau. Soif malsaine, rêves malsains. Étranges vierges, obscures, aux cons étrangement vétustes.
Pas de courant non plus, éclairage avec cierges dans des candélabres délabrés comme le con des vierges.
 Le vent les soufflait tous, quelle noirceur !
Ô ces mois du brillant Hélios passés dans l’Hadès !
Temps mort avec le disque rayé du soleil, criblé de silicates, qui tournait à vide sur les plages du monde !
Ah laissez moi ! Laissez moi à jamais cet été éteint, cet être terne et ses étreintes vides, sans sa Carmen, sa petite Carmen livide.

Puis vinrent ces seuils crépitant de feuilles sèches, les chrysanthèmes et les soleils pâles, l’automne, enfin ! La délivrance !
Une gitane gare Saint-Lazare où je ressuscitais, me tira les cartes ferroviaires.
Bélier loin du midi gravite en maison close, livré au Vieux Saturne dévorateur.
Loin du zénith ?  Allons y !
Saturne ma plus haute turne !
Ses anneaux contristaient en moi toute espérance. Je vivais au bord d'une mer de méthane ! Au ciel d'inexorables vents d’hélium asphyxiaient mon ardeur. Il pleuvait du plomb liquide et du zyclon brûlant !
Ah j'ai eu bien mal !

Le retour en aéronef fut lent, dix milliard d'années-lumières : je est un autre.
Éclipse de Dieu. Soleils lointains, ciel perdu.
 Et Lilith me ressaisit avec sa queue de lune noire, régurgitation des saturnales anciennes, les remugles du ressouvenir !
Carmen en terre, carne impudique,
Carmen au ciel nuit carmélite !

 Les journaux : Meurtrier présumé de Carmen Carmody, le barmen Baruch Koba, réfugié en Hébraïca et comparaissant par contumace, a été reconnu coupable du coup de pistolet ayant entraîné l'amor fati, sans intention de le nommer, et condamné à vieillir en chai, quarante cinq ans d'âge de pierre, sans surseoir. 

 Sauvé !

Félix Niesche, in Spleen and Strings 2

3 commentaires:

Anonyme a dit…


Bel article d'un voyageur aérien dans ce dernier salon ou l'on cause. Des cartomanciennes, des taulières, des Botéro; on est plus prêt de "l'Enfer Bar" et du "Néant Bar" que du raffinement et de la préciosité des cercles et salons du Marais; de la belle Cordière, de Madeleine de Scudery, de Madame de Lafayette ou encore de Madame Scaron avant qu'elle ne devienne l'épouse de Louis le Grand.
Les goûts et les couleurs...

Du plomb dans la cervelle je ne sais pas mais dans l'aile, c'est sur.

Anonyme a dit…

"Mon opéra préféré, si populaire et si vrai, c'est Carmen parmi d'autres."
Cette Carmen (celle de Bizet) semble descendue du ciel à travers l'éther.
Le lien du ciel à la terre pour l'éternité,
"sauvée" justifiée et approuvée"

Ave atque vale.

Anonyme a dit…


"Mais encore, après l'habile livret de Meilhac et Halevy, celui de F Rosi, même si Migenes n'est pas Callas mais bien plus humaine à tourner les sang de St Léandre de Séville le Goth, frère d'Isidore…"

https://www.youtube.com/watch?v=FJJktatuKw0%0D

Janus due faccia